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VIANDES

Ci-dessus: Peintures d'Isabelle Bonzom tirées de sa série de Viandes


De 199O à 2003, la plupart du temps sur le vif, Isabelle Bonzom a peint une série de Viandes, alors qu'elle peignait parallèlement le nu masculin et le sourire.

Ces trois sujets iconographiques sont le reflet d'une préoccupation majeure qui traverse tout le travail d'Isabelle Bonzom, la chair, métaphore possible de la peinture comme corps de l'image.

 

 

 

"Les membra disjecta offerts à notre vision ne nous reprochent point une cruauté complice des abattoirs. Rien du cadavre ici, mais l’éclat de la chair devenue imputrescible. Rien, par ailleurs, qui appelle la fourchette et le couteau, mais une rutilation pure, une glorieuse crudité qui convoque un regard épris de vérité et d’organisation. Toute la beauté du monde est là : parfaite distinction, ingéniosité de fabrique, profondeur radieuse.

... Nulle sanguinolence, pourtant : une apparition mesurée, contenue. Le plat de côtes surgit fugitivement dans notre champ visuel, telle une épiphanie. Va–t–il rentrer dans la toile et disparaître à jamais? La triade de la nuit noire, d’un plat de côtes rouge et blanc et d’une flaque de lumière semble émerger d’un instant unique",

écrit la philosophe Baldine Saint Girons à propos de cette série.

 

La critique d'art et écrivain Eurydice Trichon-Milsani ajoute:
"Enveloppe soyeuse et chair vive, mises côte à côte, dialoguent de manière inquiétante."



Dans une conversation avec l'artiste, publiée dans le catalogue "Le vif du sujet/The Heart of the matter" , le critique d'art Pierre Sterckx avance :

"Tu es très sanguine dans ta peinture: il y a des ocres, des rouges; un côté sanguin et viscéral, mais pas expresssionniste en manque de consistances. Peindre la viande, comme tu la peins, en effet, ce n’est pas mortifère, le contraire d’une passion triste." 

Par ailleurs, Pierre Sterckx précise :

"La viande, à l’origine, c’est l’image du sang: boucherie-sacrifice-morgue. Or, la peinture d’Isabelle Bonzom se porte au bord d’une telle violence, elle scelle les écarts simultanés entre la blessure et la surface, l’intérieur et l’extérieur, entre l’obscène et la beauté, la flaque et la forme, la tache et l’image. Isabelle Bonzom flirte avec les écarts violents : le cadavre est à peine entrevu, la chair saignante s’harmonise en multiplicités simultanées.

La viande est un corps transformé, fragmenté, présenté, ce n’est plus l’animal. La peinture d’Isabelle Bonzom va titiller le problème de notre société qui aseptise le corps et la mort, en redonnant de l’incarnat. La « Brochette », dont les morceaux s’alignent, n’est plus la métaphore du corps unitaire qu’on fait souffrir. La « Brochette » est un balayage du regard, une sorte de travelling, une traversée. Elle dit « j’entre dans le format et je sors, j’alterne les morceaux de chair et de végétaux et les morceaux de couleur en fondu-enchaîné avec une certaine consistance». C’est une caresse oculaire, un mouvement latéral entre l’image et la touche, entre abstraction et figuration. Tout est plié, entrelacé, tremblé, fluide, rythmé, pulsé. C’est l’instant pur et le processus rythmique de la touche colorée. Ce n’est pas mortifère, c’est une danse. Une jubilation sobre."  
 

 

 

" C'est la viande fraîche et l'évocation de la vie qui m'intéressent dans ce thème et non la référence au cadavre et à la carcasse. En tant que peintre, mon défi est d'explorer les nuances de rouges, de traduire la translucidié de la peau et des muscles, les différents blancs de la graisse et la structure de l'ossature ", indique Isabelle Bonzom.


Lire Pierre Sterckx, Eurydice Trichon-Milsani et Baldine Saint Girons dans Articles et entretiens


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