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STILL LIFE

 

À PROPOS DE LA PEINTURE D'ISABELLE BONZOM

PAR COLIN LEMOINE

 

Historien de l’art et critique d'art au Journal des arts et à L’Oeil, Colin Lemoine est également conseiller éditorial et consultant artistique pour des manifestations d’art contemporain. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Michel-Ange (Fayard, 2012), co-écrit avec Jack Lang. Colin Lemoine est aussi conservateur et commissaire d'exposition, en 2016, il a organisé les expositions "Ludwig Van, le Mythe Beethoven" à la Philharmonie, avec comme co-commissaire Marie-Pauline Martin et au Musée Bourdelle, avec Chloé Théault, il a organisé l'exposition "De bruit et de fureur. Bourdelle sculpteur et photographe". Dans son essai Still Life, il donne son point de vue sur la peinture d'Isabelle Bonzom.

 

Still Life



Peindre, c’est représenter. C’est présenter à nouveau. Encore. C’est revenir au réel, non pas pour le répéter, mais pour le faire parler. C’est revenir aux choses sérieuses, aux choses silencieuses que l’on énonce rarement. C’est dire ce que l’on croyait muet. C’est redire le pouvoir du monde, c’est fixer sa labilité, sa mobilité. C’est perforer l’immémorial. C’est faire du visible la continuité de rêves enfouis, et advenus. C’est l’illusion – merveilleuse – du déjà-vu.

Cela, Isabelle Bonzom le sait. Elle sait la fragilité comme la grandeur de l’instant décisif, sa charge d’inconnu comme sa discrétion universelle. Ici un carrefour peuplé par la solitude, là une rue habitée par des anonymes ; ici un arbre entraperçu, là une ombre probable. Tout se fond, s’accorde. Tout paraît nécessaire et évident, comme si le monde se voyait enfin mis en mots, en formes. Les choses prennent sens.

De nos vies baroques, Isabelle Bonzom extrait la pureté. Une pureté, non pas réaliste ou naturaliste – c’est là le privilège du document et de la photographie –, mais une pureté symbolique, presque symboliste.

Bien entendu, Hopper et Hodgkin, Vuillard et Bonnard ne sont jamais loin. Mais, devant ces végétations débridées, devant ces luxuriances pigmentaires, ne reconnaît-on pas l’ocre de Redon, le bleu de Spilliaert, le noir de Böcklin ?

Devant la disposition et la modulation des tons, leur coruscation infinie, leur mystère souterrain, la contamination de la peinture par la peinture, l’assomption irraisonnée de la couleur, ne pense-ton pas à Klimt, Degouve de Nuncques, à ces peintres qui firent du réel l’épiphanie de l’âme ?

Une pièce de viande, et Isabelle Bonzom le sait, n’est pas de la chair qui gît. Une simple nature morte. C’est, sous le rouge du sang et le poids de la carne, la vie qui pulse. Still life. La vie, toujours. Encore. À représenter.

 

Colin Lemoine

 

 

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