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ISABELLE BONZOM : LE ROMAN D'UN REGARD

 

TEXTE DE SABINE COTTÉ

Sabine Cotté est historienne de l'art. Elle est conservateur en chef honoraire du Patrimoine et a été rédacteur en chef de La Revue du Louvre et des Musées de France pendant seize ans. Elle a travaillé à l'Inspection Générale des Musées de France. Elle est aussi l'auteur de nombreux ouvrages, notamment sur Rubens, Chardin, Watteau et Cézanne, aux éditions Scrépel. Sabine Cotté suit le travail d'Isabelle Bonzom depuis une vingtaine d'années.

 

" Je suis frappée par le fait que cette artiste vitaliste qu’est Isabelle Bonzom peint toujours des sujets à la limite. Le Poilu, c’est un monument aux morts. Les poupées, c’est un champ de bataille. La viande, elle n’est pas encore pourrie, mais elle pourrira. Il y a donc toujours ce mélange de vie et de mort. C’est ce qu’il y a derrière ces sujets. Une vision instantanée, un moment dans le temps, à la frontière entre le perçu et l’imaginé. La transparence, la fluidité de la peinture d’Isabelle Bonzom permettent d’opérer ce passage. Le temps de pénétrer dans le tableau, le temps d’un éclair."

Sabine Cotté, 2015

 

"Dès ses débuts, on remarque chez Isabelle Bonzom la curieuse tendance qu'ont les choses à disparaître, à s'évanouir, comme absorbées dans l'opacité d'un trou vertigineux. Ses tableaux de jeunesse sont de grandes natures mortes aux tonalités brunes, aux formes estompées, apparitions vacillantes, vestiges fragiles d'un monde en état permanent d'évanouissement.

 

 


Arrivent bientôt les lourds engins, les puissantes pelleteuses, les tracteurs têtus qui défoncent le sol, les chantiers qui s'ouvrent sur des ciels vides, sur des espaces désertés, entourés du chaos indestructible des villes du futur. De ci, de là, un coin paisible, un mur nu, un carrefour vide que l'on sent déserté, guetté de toutes parts par les sentinelles de la modernité.


 

Comment alors ne pas chercher refuge dans l'homme? Hélas! il n'est plus lui-même que matière. Matière primordiale, c'est à dire chair, sang, étalage de viandes prêtes à être consommées; elles s'entassent, rubicondes et victorieuses, parfois à côté d'un petit oiseau plumé qui gît lamentablement sur un étal de volailler. Ce ne sont pas des festins qu'elles annoncent mais plutôt l'indifférence de la consommation collective, avec un relent de cantine, dans un gâchis de sang aveuglément versé.



En contrepoint apparait la foule : non une foule anonyme, mais une masse humaine qui contient une variété de types individuels, hommes et femmes que rapproche une même bouche, celle du Léviathan moderne, celle du métro qui les absorbe chaque jour par milliers. Canalisés, entassés, absents d'eux-mêmes, les voyageurs s'empressent pour être avalés, dans une indifférence joyeuse, comme un champ de coquelicots en juin s'apprête à être fauché.

 

De nouveau l'individu s'évanouit. Les contours s'estompent. Surnagent certaines sensations colorées criardes, obsédantes, comme le rouge vif d'un pan de mur, de la rampe d'un escalier ou le jaune d'un éclairage au néon. Déclencheur d'isolement: la cabine téléphonique vide sur un place déserte.

 

Le cycle se poursuit : le recours à la nature, le roman de l'arbre, est-il l'ultime phase de cette quête permanente d'Isabelle Bonzom qui ressemble fort au voyage de la vie?

L'avenir le dira.

 

Sabine Cotté,

1er février 2005

 

 

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