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EXPOSITION PERSONNELLE D'ISABELLE BONZOM
AU MUSÉE DE SAINT MAUR


"FEUILLE Â FEUILLE - TÊTE Â TÊTE"

Isabelle Bonzom est intervenue au Musée de Saint Maur-Villa Medicis en exposition personnelle, du 23 mai au 6 septembre 1992.

Ce travail in situ, qui a duré une année, s'est construit en fonction du jardin et des collections du musée.

Isabelle Bonzom a réalisé plus de deux cents dessins et peintures qui ont été exposés dans le musée et son jardin.

Séduite par le jardin et les collections du Musée, Isabelle Bonzom a proposé de faire redécouvrir ces espaces et de mettre en évidence les liens étroits qui unissent ces deux entités.

Nourrie des spécificités du lieu, l'artiste a élaboré son exposition autour de deux thèmes iconographiques, le végétal et le visage, les entremèlant, suscitant ainsi correspondances et interrogations auprès du public. L'exposition qui commençait dès l'extérieur prenait en considération la déambulation du spectateur, selon une articulation extérieur-intérieur.

Inspirées des planches botaniques, une trentaine de peintures à l'huile sur acier, représentant des plantes du jardin qui entoure le musée, étaient placées près des plantes de référence. Souvent, un décalage s'opérait entre le modèle et sa représentation, l'artiste étant attachée à l'évocation du cycle entier de la plante qu'elle observa tout au long de l'année.

 

Ici, une feuille de lierre peinte sur métal surgit parmi ses congénères végétales. Là, un profil humain tiré d'un tableau des collections se mêla à la végétation. Ces peintures agencées autour du Musée se présentaient tels des signes et appels incitant le passant à entrer dans le Musée.



Le végétal entrait à l'intérieur du Musée et se mélait à plus d'une centaine de visages peints. Ainsi, les œuvres sur bâche, papier, bois, toile ou céramique d'Isabelle Bonzom entouraient les cinq tableaux des collections du Musée qui avaient été les sujets de réflexion d'Isabelle Bonzom tout au long de l'année
. De différentes époques, ces peintures de Preti, Gendron et Lecomte traitaient toutes de la représentation humaine.

 
 

 

Extraits du discours inaugural de Bernadette Boustany, directrice du musée de Saint Maur, à propos de l'exposition "Feuille à Feuille - Tête à Tête" d'Isabelle Bonzom:

".... Voici donc le jardin investi par vos oeuvres. Le promeneur s'interrogera, sera surpris par les couleurs automnales de certaines feuilles ou par la nudité des rameaux de tilleul dont la pureté des lignes apaisent la luminosité de cet été précoce. Qu'importe si l'oeuvre est en décalage dans le temps, c'est inévitable puisque vous avez observé la végétation pendant plus d'un an. L'oeuvre sera peut-être éphémère et subria les aléas du temps, mais son histoire ne fait que commencer. Et c'est bien cela que vous avez désiré. Étonner le promeneur, le déconcerter parfois et surtout l'inciter à poursuivre le parcours dans l'enceinte même du musée et tenter de lui faire oublier la connotation de "domaine réservé" qui colle à cette institution.

... De ces cinq tablaux choisis par vous, vous avez décliné une interprétation toute personnelle et très contemporaine. Vous n'avez pas plagié telle ou telle peinture, mais vous lui avez donné un souffle nouveau sans pour autant la trahir. Et en plus, sans pour autant nous lasser. Au contraire, notre regard ne peut glisser de l'une à l'autre sans constamment s'interroger... Car rien n'est laissé au hasard. Du format choisi délibérément pour une toile, à son installation à proximité d'une certaine aquarelle, tout abouti à un ensemble cohérent. Chacun comprendra à l'issue de ce parcours que pour vous le carnet de croquis a la même valeur que l'oeuvre sur toile. La spontanéité fait place à la réflexion mais garde la même densité..."

 

Musée de Saint Maur, vue d'une des salles de l'exposition d'Isabelle Bonzom "Feuille à feuille - Tête à tête".
Dessins de feuilles d'arbres du jardin, encre sur papier Japon, 1991-1992.


Musée de Saint Maur, vue d'une des salles de l'exposition d'Isabelle Bonzom "Feuille à feuille - Tête à tête".
À gauche: "Cycle de la vigne vierge"1991-1992 aquarelle sur papier, à droite "Études de Saint Sébastien, Preti" 1991, pierre noire/papier

 


 


Pour Feuille à Feuille-Tête à Tête, Martine Méheut, philosophe, a donné son point de vue sur l'exposition à la suite d'une conversation avec l'artiste. Martine Méheut a été directrice de la collection De la pensée, aux éditions Alinéa. Elle travaille particulièrement sur le fédéralisme européen, c'est aussi un fervent amateur d'art :

Ces regards sont tous dirigés vers le même point et c'est ce qui attire et qui intrigue. Ce point, pour moi, c'est l'invisible. Ce sont des regards extrêmement présents mais sans notion de futur ou de passé. Oui, c'est une présence intemporelle. Je ressens que vous avez retiré tout l'anecdotique, or le temporel est une forme d'anecdotique. Ces personnages que vous peignez sont présents quelle que soit l'époque à laquelle ils vivaient. Alors la question que se pose le philosophe, puisque l'on ressort d'un siècle d'historicisme: est-ce que l'on peut penser une personnalité, une atmosphère hors époque? Là, on sent que l'on est hors époque. Et pourtant, ça n'est pas du tout figé... C'est un passage hors du temps par la plénitude et non pas par la fixité. C'est une présence vivante, il y a de la vie là-dedans, mais c'est de la vie sans temps qui court, sans éphémère. Ce que je crois commun à la philosophie et à l'art, c'est ce goût de l'intérêt pour l'obscur, parce qu'il est plus riche que ce qui est évident. Il y a le sacré, l'art et la philosophie qui partagent ce goût de l'obscurité, non pas parce que c'est obscur, mais parce qu'on a saisi que c'est là où se trouvait l'essentiel.

Dans vos peintures, je ressens le sacré, c'est à dire, le dépassement du prosaïque. Tout n'est pas explicable, non pas parce que l'on n'a pas suffisamment cheminé, mais parce qu'il y a un domaine dont on ne fera jamais le tour. Le religieux c'est ce qui relie les hommes entre eux, il y a tout l'aspect rituel dans le religieux. Il y a le partage, la dimension sociale. Le sacré, c'est l'exception pour certains êtres, c'est très mystérieux, parce qu'il y a des êtres religieux qui ne sont pas du tout sacrés, et il y a des êtres qui ont le sens du sacré et qui ne sont pas du tout religieux. Le sacré est de l'ordre d'un expérience personnelle et non pas sociale.


 

Tout ce que je vois dans vos peintures semble illuminé, c'est parfaitement lumineux, c'est limpide, limpide au niveau de la lumière et pourtant on touche à l'obscur, c'est-à-dire le mystère, par la lumière on accède au mystère.

En regardant l'œuvre de Gendron, j'ai eu l'impression que c'était une œuvre d'art d'une certaine époque dont vous arrivez à tirer par les regards, par tous ces visages, une dimension qui est dedans. Je veux dire que vous ne brodez pas, vous retrouvez l'essentiel.

Dans votre travail, c'est un retour vers l'intérieur, vers l'intime. Pour moi, l'intime n'est pas la subjectivité individuelle, c'est ce qu'il y a de plus profond dans l'humain et qui rejoint l'universel, donc c'est sans doute l'inverse de ce qu'on appelle l'intimisme qui est une sorte de narcissisme de regard sur soi dans sa particularité. Là, c'est l'intime en tant que : je me suis dépouillée de tout ce qui faisait mes particularités, je retrouve le noyau central, l'intime en tant qu'universel.

Ce n'est pas l'altérité qui m'intéresse, c'est ce que nous partageons. Pourquoi suis-je émue devant ce que vous faites? Parce que je ressens quelque chose que je vis qui est enfoui quelque part, et que nous partageons sans doute par une certaine dimension que nous sommes capables de vivre, et c'est ça l'universel. Daprès ce que vous dites, l'universel c'est du vécu, non accessible quotidiennement ou à chaque instant parce que nous sommes happés, nous sommes distraits, en fait. L'universel c'est le non distrait, qui est de l'ordre de l'expérience.

Martine Méheut, 1992

 

 



 

Découvrez l'exposition in situ d'Isabelle Bonzom créée pour le musée de l'ïle de Noirmoutier, " Analogies"

et l'exposition in situ d'Isabelle Bonzom à l'Art dans les Chapelles


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